« Servir dans la Maison de Mon PÚre »

Réflexions sur le service au Saint Autel

Monseigneur IrĂ©nĂ©e de Londres et d’Europe occidentale
Traduction du texte original en anglais de Marie-France Auer

Ce document a Ă©tĂ© Ă©crit en 2011 par Mgr IrĂ©nĂ©e, alors Archimandrite et aujourd’hui EvĂȘque de Londres et d’Europe occidentale [*]. Il s’agit d’une introduction gĂ©nĂ©rale sur la nature spirituelle du service Ă  la Sainte Table, qui dĂ©crit les usages applicables Ă  tous ceux qui servent dans notre Eglise – acolytes, lecteurs, sous-diacres et rangs supĂ©rieurs du clergĂ©.

Je me laverai les mains parmi les innocents,
Et je ferai le tour de Ton Autel Ô Seigneur,
Afin d’entendre le son de la louange et de raconter toutes Tes merveilles,
Seigneur, j’ai aimĂ© la beautĂ© de Ta demeure, et le lieu oĂč rĂ©side Ta gloire.

(Psaume 25 : 6-8)

1. Servir dans la maison de notre PĂšre (cf. Jean 14:2) est avant tout un don, grand et merveilleux: une bĂ©nĂ©diction divine et une misĂ©ricorde cĂ©leste. Ce n’est pas un acte mondain – comme si nous arrivions en un quelconque autre lieu pour y accomplir une tĂąche ordinaire. Bien que certains actes accomplis au cours d’un office divin ressemblent Ă  ceux de la vie quotidienne (par exemple, prĂ©parer un livre, allumer une bougie), ils revĂȘtent une tout autre dimension en Ă©tant accomplis dans le Temple du Dieu vivant. Ici, nous nous tenons, nous dĂ©plaçons et agissons autour du trĂŽne du Dieu Ă©ternel. Les tĂąches qui nous incombent ne nous ont pas Ă©tĂ© confiĂ©es par des hommes, ni mĂȘme par des anges, mais par la Parole du Seigneur Lui-mĂȘme, venu vers Son peuple pour lui rĂ©vĂ©ler la maniĂšre dont il devait adorer [1]. Nous prĂ©parons Sa demeure, afin que le Roi Ă©ternel « glorifiĂ© dans Ses saints » (2 Thessaloniciens 1-10) puisse ĂȘtre approchĂ© par Son peuple.

2. Dans l’Église orthodoxe, le service dans le Saint Temple s’inscrit directement dans le prolongement de celui autrefois pratiquĂ© dans l’ancien Temple situĂ© au Mont Sion. C’est lĂ  que des hommes dĂ©signĂ©s pour ce travail s’occupaient d’allumer les lampes sur leurs chandeliers, d’offrir les pains de proposition, de faire les offrandes d’encens et permettaient aux prĂȘtres d’accomplir leur tĂąche. Il en va de mĂȘme aujourd’hui dans le saint et vĂ©ritable Temple du Corps de notre Seigneur qui est Ă©tabli dans le temple terrestre de Ses Eglises, oĂč des hommes sont spĂ©cialement dĂ©signĂ©s pour prendre soin de ces demeures divines de la Sainte TrinitĂ©. Comme dans les temps anciens, ce service n’est ni un droit ni quelque chose qui va de soi, mais un appel de Dieu, le fait d’ĂȘtre rĂ©ellement « mis de cĂŽté » pour accomplir ce devoir. Et comme Ă  l’époque, ceux qui y sont appelĂ©s sont chargĂ©s de servir le Dieu Ă©ternel en veillant aux besoins de Ses prĂȘtres dans Sa sainte Maison; ils se tiennent Ă  la Sainte Table comme des anges autour du TrĂŽne cĂ©leste, et assistent ceux que Dieu a chargĂ© d’ĂȘtre sur terre ses ministres, pasteurs et bergers.

3. En effet, ce qui constitue le cƓur de notre vocation de servants dans la Maison de notre Dieu est de servir Ses serviteurs afin que, conformĂ©ment Ă  l’ordre Ă©tabli par Dieu, un culte cĂ©leste vĂ©ritable puisse ĂȘtre offert ici sur terre, comme Il l’a ordonnĂ©. Car c’est Dieu Lui-mĂȘme qui a prescrit que l’Église soit confiĂ©e Ă  Ses apĂŽtres, les Ă©vĂȘques qui, en tant que Grands PrĂȘtres, sont Ă  la tĂȘte de la hiĂ©rarchie sacrĂ©e du clergĂ© qui rend le sacrifice non sanglant toujours prĂ©sent parmi nous – et ce, jusqu’à ce que le Seigneur revienne. C’est Dieu, et non pas l’homme, qui a ordonnĂ© notre triple ministĂšre d’évĂȘque, de prĂȘtre et de diacre, et qui a appelĂ© ceux qui occupent ces fonctions Ă  cĂ©lĂ©brer les mystĂšres divins, Ă  offrir le sacrifice non sanglant et Ă  prier pour la vie et le salut du monde entier.

4. Pour ce faire, l’Église a Ă©galement jugĂ© bon d’Ă©tablir les ordres de ceux qui servent les ministres de ses mystĂšres. Les servants d’autel, les lecteurs et les sous-diacres remplissent chacun un rĂŽle sacrĂ© dans les ministĂšres de l’Église en permettant – par leur service dĂ©vouĂ© aux prĂȘtres et au peuple – d’offrir ce culte vĂ©ritable et juste par lequel ce qui cĂ©leste est rĂ©vĂ©lĂ© Ă  l’homme.[2]

5. Ainsi, nos cƓurs doivent ĂȘtre façonnĂ©s par cette mission de servir. Lorsque nous nous tenons dans le Sanctuaire, nous devons diriger toute notre attention, chacune de nos pensĂ©es et tout notre ĂȘtre Ă  la rĂ©alisation de cette vocation : comment pouvons-nous nous offrir pour que l’Office Divin soit cĂ©lĂ©brĂ© calmement et de la maniĂšre qui convient, avec le respect et la piĂ©tĂ© nĂ©cessaires? Comment pouvons-nous allĂ©ger la charge de l’Ă©vĂȘque, des prĂȘtres et des diacres de sorte qu’ils puissent se concentrer et remplir d’un cƓur paisible leur tĂąche divine de prier pour le peuple? Que pouvons-nous faire pour que «les Ɠuvres de Dieu soient manifestĂ©es» (cf. Jean 9 :3) dans notre service ?

6. A partir du moment oĂč nous entrons dans le Saint Temple pour y servir, nous nous chargeons du joug du Christ « doux et lĂ©ger Ă  porter » (Matthieu 11 :30). A ce moment, nous devrions nous rappeler les paroles de l’Écriture, qui proclament qu’il vaut mieux « la derniĂšre place dans la maison de mon Dieu, plutĂŽt que d’habiter sous les tentes des pĂ©cheurs » (Psaume 83.10), et embrasser le rĂŽle de serviteur avec un amour profond et une vraie crainte de Dieu qui donne aux hommes la sagesse. De cette maniĂšre, nous nous approchons du Christ qui, mĂȘme dans les heures redoutables ayant prĂ©cĂ©dĂ© Sa Passion trĂšs sainte, s’est ceint d’un linge et abaissĂ© pour laver les pieds de Ses ApĂŽtres (cf. Jean 13 : 1-11). Le Seigneur lui-mĂȘme s’est ainsi fait serviteur. De mĂȘme, en accomplissant notre service, nous nous approchons des ArmĂ©es Incorporelles, qui jour et nuit se tiennent autour du trĂŽne cĂ©leste (cf. Apocalypse 7 :11). C’est prĂ©cisĂ©ment cette armĂ©e cĂ©leste que les servants reprĂ©sentent au Saint Autel lors des Offices divins. Ainsi, lorsqu’un homme sert avec piĂ©tĂ© et totale dĂ©votion, les fidĂšles peuvent voir autour de cette Table terrestre des anges servant la volontĂ© et la sagesse du vrai Dieu. Des Anges! N’évoquons donc pas seulement ces servants en termes superficiels d'”acolytes” ou d’ “aides”, mais soyons bien conscients que celui qui sert est appelĂ© Ă  ĂȘtre une icĂŽne vivante des armĂ©es angĂ©liques, par laquelle les prĂȘtres sont servis et le peuple Ă©difiĂ©. C’est ainsi que nous servirons correctement et pieusement celui qui a ordonnĂ© toute la crĂ©ation, du plus grand au plus petit, pour l’accomplissement et la rĂ©vĂ©lation de Sa gloire.

7. Les lignes directrices contenues dans ce petit texte ne constituent pas un manuel pratique sur la maniĂšre de servir (par exemple, comment prĂ©parer un encensoir pour un prĂȘtre, comment faire une procession, etc.), car cela demanderait davantage d’explications en fonction des sujets, du rang de ceux qui servent, de la nature de l’Office Divin concernĂ© et de la pratique locale. Ici, nous nous concentrerons plutĂŽt sur le comportement en gĂ©nĂ©ral et l’attitude de respect qui doivent prĂ©valoir dans le Temple. De nos jours, signe regrettable de notre faible dĂ©votion, nous observons trop frĂ©quemment une certain dĂ©sinvolture et un manque de respect parmi les servants Ă  la Sainte Table, ce qui en tout cas affecte la richesse de notre service et la manifestation ordonnĂ©e de la GrĂące de Dieu dans Son temple. Notre Église orthodoxe bien-aimĂ©e attend de nous la rĂ©vĂ©rence et la piĂ©tĂ© qui s’imposent ainsi qu’un respect scrupuleux de nos devoirs sacrĂ©s – et non pas du laisser-aller, une dĂ©sinvolture irrĂ©vĂ©rencieuse ou un comportement mondain importĂ© de la vie ordinaire. L’Eglise nous a clairement instruits de la maniĂšre de se tenir, de parler et de se dĂ©placer au Saint-Autel – instruction qui nous a Ă©tĂ© soigneusement transmise par nos PĂšres et nos AncĂȘtres dans la foi. Quelle grande joie spirituelle ce sera alors d’accomplir attentivement la mission qui nous a Ă©tĂ© confiĂ© et de pouvoir, par une vigilance constante, servir encore plus dignement le TrĂŽne de Dieu, au service de son amour pour l’Église et pour le monde! 

Indications d’ordre gĂ©nĂ©ral 

8. Notre comportement au Saint Autel devrait toujours ĂȘtre empreint d’un intime formalisme. Qu’entendons-nous par-lĂ  ? Nous voulons dire qu’il doit y avoir proximitĂ© et intimitĂ©, car nous nous venons servir le Dieu qui nous a formĂ©s et nous a appelĂ©s par notre nom (cf. IsaĂŻe 43 :1), Celui qui ne nous appelle pas des serviteurs, mais des amis (cf. Jean 15 :15); en mĂȘme temps, notre intimitĂ© avec Lui est toujours formelle, car Celui mĂȘme qui nous rapproche de Lui est le Roi et le Souverain de Tous, qui a façonnĂ© le ciel et la terre (cf. Actes 17 :24; GenĂšse 1 :1). Il a gravĂ© notre nom mĂȘme dans la paume de Sa main (cf. IsaĂŻe 49 :16), tout comme Sa Parole commande aux cieux. C’est ce mĂ©lange d’intimitĂ© et de formalitĂ© qui doit rĂ©gler notre comportement dans les lieux saints. Bien que les Offices Divins nous permettent de connaĂźtre intimement Dieu en tant que PĂšre et que, par Sa grĂące, nous en arrivions Ă  ressentir une certaine chaleur du cƓur et la joie de servir Ă  Sa Sainte Table, nous ne devons jamais oublier qu’étant les serviteurs de l’Autel SacrĂ© du Seigneur, nous avons hĂ©ritĂ© de la vocation ancienne de la tribu de LĂ©vi. En effet, lorsque Dieu a instituĂ© parmi Son peuple le sacerdoce sacrĂ© Ă  travers la tribu d’Aaron (cf. Exode 28 : 1-5; 40 : 12-16; Nombres 3 :10) qui a reçu le privilĂšge spĂ©cial de servir dans le Sanctuaire et le Temple le plus sacrĂ©, Il a aussi appelĂ© la tribu de LĂ©vi Ă  assister Aaron en prenant soin de l’entretien et du bien du saint Temple en disant: «Fais approcher la tribu de LĂ©vi, et tu la placeras devant le sacrificateur Aaron, pour qu’elle soit Ă  son service. Ils auront le soin de ce qui est remis Ă  sa garde et Ă  la garde de toute l’assemblĂ©e, devant la tente d’assignation: ils feront le service du tabernacle. Ils auront le soin de tous les ustensiles de la tente d’assignation, et de ce qui est remis Ă  la garde des enfants d’IsraĂ«l: ils feront le service du tabernacle » (Nombres 3 : 6-8). A l’Autel, nous qui avons hĂ©ritĂ© de cette mission et de cette vocation, nous nous tenons en prĂ©sence de Dieu d’unique façon, ayant Ă©tĂ© dĂ©signĂ©s pour nous occuper du culte qu’Il a Ă©tabli pour Son peuple. En nous tenant ainsi au cƓur du Sanctuaire du Roi du ciel, nous devons toujours nous comporter avec la plus grande dignitĂ© et le plus grand sĂ©rieux – un intime formalisme. L’Autel n’est jamais un lieu propice aux conversations, Ă  une attitude dĂ©contractĂ©e ou Ă  tout autre comportement inadaptĂ© Ă  la demeure sacrĂ©e du Dieu TrĂšs-Haut.

9. Dans le Sanctuaire, les servants représentent, et sont en réalité, des icÎnes vivantes des saints anges et des puissances incorporelles qui servent autour du TrÎne céleste de Dieu. Il est donc important que nous nous souvenions à tout moment de notre vocation et que nous y conformions nos actions, paroles et mouvements. 

Sur la priÚre par le service 

10. Nous devons nous rappeler que notre rĂŽle au Saint-Autel est de servir et que, ce faisant, notre service est notre priĂšre. Le Saint-Autel n’est jamais un lieu pour la priĂšre privĂ©e et il en va de mĂȘme pour tout autre endroit du Temple lorsque nous servons l’Office divin.

11. Les servants doivent donc toujours ĂȘtre extrĂȘmement vigilants, le regard tournĂ© vers le prĂȘtre cĂ©lĂ©brant afin de pouvoir anticiper ce dont il a besoin et pour que celui-ci puisse attirer leur attention par un petit geste, sans qu’il soit nĂ©cessaire d’appeler un servant par son nom etc. Il n’est Ă  aucun moment opportun pour un servant de fermer les yeux en priĂšre ou de regarder les saintes icĂŽnes plutĂŽt que le clergĂ© en train d’officier, etc.

12. Notre service consiste prĂ©cisĂ©ment Ă  maintenir le bon ordre dĂ©cidĂ© par la sainte volontĂ© de Dieu. De mĂȘme qu’Aaron et Levi furent autrefois appelĂ©s Ă  servir le Sanctuaire, mĂȘme si seuls Aaron et ses descendants (les prĂȘtres) pouvaient offrir des sacrifices et des priĂšres au peuple, nous aussi devons aujourd’hui maintenir les fonctions particuliĂšres de ceux qui servent aujourd’hui dans le Temple de Dieu.  

— Les servants suivent respectueusement le prĂȘtre lorsqu’il s’agit de faire le signe de Croix et de s’incliner, car c’est lui qui dirige la priĂšre de l’Autel. Lorsque le prĂȘtre fait le signe de la Croix ou s’incline, tous les servants doivent faire de mĂȘme (Ă  moins qu’à ce moment-lĂ , ils ne soient occupĂ©s Ă  une autre tĂąche); en outre, ces gestes ne devraient pas ĂȘtre faits en dehors du clergĂ© : nous ne pouvons faire le signe de la Croix ou des inclinations Ă  notre guise en marques de piĂ©tĂ© personnelle autour du Saint-Autel.

— Suivant l’ancienne rĂšgle selon laquelle seule la tribu d’Aaron pouvait dire les priĂšres dans le sanctuaire, seul le clergĂ© tonsurĂ© et ordonnĂ© (lecteurs, sous-diacres, diacres, prĂȘtres et Ă©vĂȘques) chante au Saint Autel. Les servants ne chantent pas avec le clergĂ© Ă  l’Autel et ne rĂ©citent pas les priĂšres avec eux, car notre tĂąche est de faciliter le travail des prĂȘtres et de leur permettre de prier pour nous – et non de prendre sur nous cette responsabilitĂ© ! [3] 

— Lorsque le prĂȘtre le leur ordonne, les servants quittent l’Autel pour rejoindre les fidĂšles et accomplir le devoir sacrĂ© de les guider dans la priĂšre en montrant l’exemple. Dans l’Église Russe Ă  l’Etranger, c’est ce qui se passe habituellement lors du chant du Credo et du Notre PĂšre. Rappelons-nous que ces moments ne doivent nullement ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des Ă©chappatoires, mais comme des temps particuliers au cours d’un Office unique et prĂ©cieux. Il est donc nĂ©cessaire de connaĂźtre par cƓur le Credo et le Notre PĂšre dans la langue qui sera utilisĂ©e pour que, nous tenant parmi les fidĂšles, nous puissions faire entendre notre voix –et la leur- pour chanter avec eux ces paroles solennelles et sacrĂ©es.

— À d’autres moments, le prĂȘtre peut renvoyer tous les servants de l’autel, ne gardant que le clergĂ© autour de la Sainte Table. Cela arrive frĂ©quemment lors de la Sainte Communion du clergĂ©, pour Ă©viter tout motif de distraction. Dans ce genre de situation, nous devons nous rappeler qu’il ne s’agit nullement d’un renvoi de notre service ; au contraire, nous servirons efficacement le clergĂ© en Ă©tant absents de l’Autel Ă  ce moment-lĂ , et cela servira en outre Ă  l’édification des fidĂšles qui, en nous voyant de ce cĂŽtĂ©-ci de l’iconostase, comprendront qu’il y a des actes d’une telle saintetĂ© et mĂ©ritant un tel respect qu’ils imposent un comportement diffĂ©rent. 

Silence et mouvements autour de l’Autel et dans l’Eglise

13. Nous devons nous tenir immobile au Saint-Autel et ailleurs dans le Temple, Ă  moins d’ĂȘtre activement occupĂ©s Ă  une tĂąche particuliĂšre – car c’est dans le calme que naĂźt la vraie connaissance de Dieu (cf. Psaume 45.10) et que nous permettrons aux autres de garder leur cƓur et leur esprit recueillis en priĂšre– ce qui est aussi une maniĂšre de prendre soin de leurs besoins spirituels. Nous devons donc nous tenir droit debout, les mains de chaque cĂŽtĂ© du corps. On ne s’appuie pas aux murs, on ne se tient pas le dos voĂ»tĂ©, on ne croise pas les mains devant soi, ni les jambes etc., car de telles attitudes informelles ne conviennent pas au service dans les parvis cĂ©lestes.  

— Notre attitude et notre calme nous rattachent Ă  tout le symbolisme du Temple. Nous devons avoir Ă  l’esprit les prĂ©ceptes de Mgr Antoine de Smolensk : « dans l’église, tenez-vous debout en silence, tranquillement et sans faire de bruit, en prenant pour exemple ces bougies que vous avez allumĂ©es et la maniĂšre dont elles se tiennent devant les icones : elles ne se dĂ©placent pas d’un endroit Ă  l’autre, elles ne font pas de bruit; la flamme dont elles brĂ»lent ne va pas vers le sol, ni sur le cĂŽtĂ©, mais s’élĂšve tout droit – vers le ciel. C’est ainsi que vous devez vous aussi vous tenir, tendus vers Dieu avec un cƓur brĂ»lant d’amour et de priĂšre ».

— Et, au cas oĂč nous penserions que notre contenance et notre prĂ©sence ne sont que des questions de forme, rappelons-nous les paroles du HiĂ©rarque Niphonte : « Une prĂ©sence respectueuse aux offices n’est pas seulement rĂ©compensĂ©e par la priĂšre gĂ©nĂ©rale de l’Église, mais sauve Ă©galement les Ăąmes des ChrĂ©tiens ». C’est-Ă -dire que notre calme et notre conduite peuvent soit inciter les fidĂšles Ă  la priĂšre, soit les en dĂ©tourner ; donc, une pieuse maniĂšre de servir peut les conduire au salut. 

14. Les dĂ©placements nĂ©cessaires au service ne doivent jamais ĂȘtre faits de maniĂšre prĂ©cipitĂ©e, aussi bien Ă  l’Autel que dans la Nef. Il ne faut en aucun cas courir dans l’Eglise, ni mĂȘme y marcher vite : tout mouvement doit ĂȘtre calme et rĂ©flĂ©chi.

Lorsque l’on se dĂ©place dans le saint temple, nos mouvements doivent ĂȘtre Ă©lĂ©gants, la dĂ©marche calme et feutrĂ©e ; tous les dĂ©placements doivent ĂȘtre accomplis avec le comportement et la grĂące qui s’imposent. MĂȘme des gestes basiques (tels qu’aller chercher une carafe d’eau ou porter quelque chose au narthex) sont vus par les fidĂšles et, dans tous nos actes, nous devons illustrer par notre attitude la grĂące et la douceur de la prĂ©sence de Dieu.

S’il est appelĂ© par un prĂȘtre ou un Ă©vĂȘque, le servant doit se diriger vers lui sans brusque changement de position. En effet, lorsque nous sommes appelĂ©s auprĂšs du clergĂ©, nous allons tranquillement nous placer Ă  cĂŽtĂ© du membre du clergĂ©, en inclinant lĂ©gĂšrement la tĂȘte de maniĂšre Ă  pouvoir parler Ă  voix basse.

15. Chaque fois que vous passez derriĂšre la Sainte Table, devant le TrĂŽne, pour passer d’un cĂŽtĂ© Ă  l’autre de l’Autel, le signe de la prĂ©cieuse croix doit ĂȘtre fait (tout en continuant Ă  marcher, sans s’incliner ni se tourner), avec une seule exception Ă  cette rĂšgle : si nous avons les mains occupĂ©es Ă  porter un objet sacrĂ© (un encensoir, par exemple). Il n’y a pas lieu de s’arrĂȘter pour faire un long signe de Croix lorsque nous passons devant le TrĂŽne, car cela servirait plutĂŽt Ă  attirer l’attention sur nous plutĂŽt que sur l’Office divin.

— Lorsque les Portes Royales sont ouvertes (ou le rideau tirĂ©), les mouvements d’un cĂŽtĂ© Ă  l’autre de l’autel doivent ĂȘtre rĂ©duits au minimum et effectuĂ©s uniquement lorsque cela est nĂ©cessaire – car chaque passage attire l’attention des fidĂšles et les distrait de leur priĂšre. Il ne faut pas traverser d’un cĂŽtĂ© Ă  l’autre de l’autel juste comme ça, simplement pour se mettre Ă  une meilleure place ou juste pour s’occuper de quelque chose qui peut parfaitement ĂȘtre fait plus tard ; il ne faut pas non plus faire de multiples allers et retours pour accomplir une tĂąche, alors qu’avec un peu de rĂ©flexion avant d’agir, un seul dĂ©placement eut suffi. On ne passe derriĂšre la Sainte Table que pour des questions vraiment importantes et qui ne peuvent pas ĂȘtre remises Ă  plus tard.   

16. À certains moments, on ne doit pas bouger du tout: pendant l’Hexalpsalme (durant lequel nous restons parfaitement immobiles, sans mĂȘme faire le signe de la Croix – car Ă  ce moment nous entendons des paroles prĂ©sageant le moment oĂč nous nous tiendrons devant le TrĂŽne du Jugement Dernier); pendant la lecture de l’Évangile (i.e., si nous ne sommes pas sortis dans la nef avec la processions) ; et Ă  l’Anaphore (depuis «Offrande de paix » jusqu’à la bĂ©nĂ©diction suivant la commĂ©moration de la HiĂ©rarchie).

Silence et langage approprié 

17. On ne parler au Saint-Autel que dans un but directement liĂ© Ă  l’Office Divin en cours, et encore ces paroles doivent-elles ĂȘtre rĂ©duites au minimum nĂ©cessaire – car il s’agit ici de l’Autel de Dieu, et non de notre relation personnelle ou d’une conversation fraternelle, mais de servir le TrĂŽne du Dieu TrĂšs-Haut avec respect et sage crainte.

— Nous devons nous rappeler Ă  tout moment les paroles de notre vĂ©nĂ©rable PĂšre, St Ephrem le Syrien, qui a dit : « Imaginez que quelqu’un, alors qu’il se tient devant un roi et converse avec lui, le quitte soudain Ă  l’injonction d’un serviteur semblable Ă  lui-mĂȘme et se met Ă  parler avec ce serviteur ; tel est aussi celui qui engage une conversation et se laisse distraire pendant l’Office Divin ». 

— De mĂȘme, rappelons-nous l’exhortation de Saint Tikhon de Zadonsk : « Plus que tout, mĂ©fiez-vous du rire et des conversations, car celui qui rit ou qui converse dans l’église ne fait pas honneur Ă  ce saint lieu, mais tente les autres et les empĂȘche de prier ». 

18. Dans la mesure oĂč toutes les conversations qui ont lieu Ă  l’intĂ©rieur du Saint Temple, et en particulier Ă  l’Autel, font partie du ministĂšre du culte divin, elles doivent toujours ĂȘtre tenues dans les formes requises par les rĂšgles de l’Eglise. On ne s’adresse pas Ă  un prĂȘtre sans commencer la phrase par : « PĂšre, » ou «Pardonnez-moi, PĂšre, »; de mĂȘme, ne peut-on pas simplement rĂ©pondre par «Oui» ou «Non», mais par «Oui, PĂšre», « Non, PĂšre» etc.

19. Nous devons aussi nous exprimer, lorsque cela est nĂ©cessaire, de façon rigoureuse et formelle, comme il convient Ă  une conversation dans le Temple sacrĂ©. Nous devrions toujours Ă©viter toute familiaritĂ© – par exemple, nous devons rĂ©pondre « Oui, PĂšre » et pas « d’accord, je vois » ou « ah, d’accord ! Je comprends ! »

20. Le silence est toujours prĂ©fĂ©rable aux paroles, sauf si elles sont indispensables. Il faut rĂ©flĂ©chir avant de parler : les paroles que je m’apprĂȘte Ă  prononcer sont-elles nĂ©cessaires ? Est-ce le bon moment de poser ma question ? Est-il vraiment nĂ©cessaire de demander ? De mĂȘme, lorsque l’on nous parle, il faut rĂ©pondre le plus briĂšvement possible et avec prĂ©cision.  

— Si la question posĂ©e n’appelle pas obligatoirement de rĂ©ponse, privilĂ©giez le silence! Par exemple, si on nous demande d’apporter tel livre au prĂȘtre ou de prĂ©parer une bougie, nous pouvons nous contenter d’incliner doucement la tĂȘte en bref signe d’acquiescement puis aller faire ce qui a Ă©tĂ© demandĂ©, sans qu’il soit pour autant nĂ©cessaire de parler car cela ne ferait que rompre le silence autour de l’Autel.

— En-dehors du bref signe d’acquiescement de la tĂȘte dĂ©crit ci-dessus, les conversations ne doivent pas ĂȘtre accompagnĂ©es de gestes (par exemple, hochements de tĂȘte vigoureux, mouvements des mains, etc.), Ă  moins que ceux-ci ne soient indispensables pour se faire comprendre. On se tient toujours debout sans bouger, mĂȘme en parlant.

 21. Il ne faut jamais se parler Ă  travers la Sainte Table ou d’un cĂŽtĂ© Ă  l’autre de l’église, ou de l’extĂ©rieur de l’iconostase vers ceux qui se trouvent Ă  l’intĂ©rieur, et vice-versa. Dans tous les cas, il convient de s’approcher de la personne concernĂ©e, Ă  laquelle on s’adressera Ă  voix basse. On ne se parle jamais Ă  travers les portes de l’iconostase, mais soit Ă  l’intĂ©rieur soit Ă  l’extĂ©rieur, du mĂȘme cĂŽtĂ© que notre interlocuteur.

22. Si nous devons interrompre un diacre, un prĂȘtre ou un Ă©vĂȘque pour poser une question, il convient d’abord de s’assurer que le moment est bien choisi, puis de venir nous placer en silence prĂšs de lui en nous tenant silencieusement sur le cĂŽtĂ©, en attendant qu’il se tourne vers nous. Si, au bout d’un certain temps, il n’a pas remarquĂ© notre prĂ©sence, nous pouvons appeler son attention en disant: «Pardonnez-moi, PĂšre» [ou «MaĂźtre»] et attendre qu’il se tourne vers nous. S’il ne rĂ©pond toujours pas, nous ne devrions pas insister mais comprendre que ce n’est pas le bon moment et s’écarter, en attendant qu’il nous fasse signe lorsqu’il le pourra. C’est seulement en cas d’urgence ou si quelque chose ne peut vraiment pas attendre que nous pouvons attirer de nouveau l’attention du clergĂ©, en ayant Ă  l’esprit que les prĂȘtres sont appelĂ©s Ă  prier pour le peuple et peuvent parfois souffrir d’ĂȘtre interrompus, et c’est pourquoi ils souhaitent certainement attendre un meilleur moment pour parler.  

— Il y a des moments auxquels il est tout-Ă -fait dĂ©conseillĂ© d’interrompre ou de parler Ă  un diacre ou Ă  un prĂȘtre en train de cĂ©lĂ©brer, y compris pour demander la bĂ©nĂ©diction: il s’agit des priĂšres d’entrĂ©e dans l’église ou lors de l’habillement du prĂȘtre (car il rĂ©cite des priĂšres silencieuses en revĂȘtant chaque Ă©lĂ©ment de ses ornements); de la ProscomĂ©die, jusqu’à ce que les parcelles aient Ă©tĂ© prĂ©levĂ©es des quatriĂšme et cinquiĂšme prosphores pour les vivants et les dĂ©funts; lors de chaque encensement, Ă  l’Autel ou en-dehors de l’Autel; lors de la consommation des Saints Dons; pendant l’Hexapsalme, etc. A ces moments, nous ne restons pas Ă  proximitĂ© du prĂȘtre en attendant qu’il termine, nous parle ou nous bĂ©nisse, mais nous nous tenons plutĂŽt en retrait, ou vaquons Ă  nos tĂąches, jusqu’Ă  ce que le prĂȘtre ait achevĂ© ce qu’il a Ă  faire, aprĂšs quoi nous pouvons l’aborder.

Sur l’accomplissement correct de nos devoirs 

23. Lorsqu’un diacre, un prĂȘtre ou un Ă©vĂȘque nous ordonne de faire une chose, il est ensuite de notre devoir et notre responsabilitĂ© de le faire avec diligence et jusqu’au bout. S’il nous est demandĂ© d’accomplir une tĂąche, il ne faut pas attendre qu’un autre servant s’en charge, ni la confier Ă  un autre.

24. De mĂȘme, lorsqu’un prĂȘtre demande quelque chose Ă  un autre servant (prĂ©parer un encensoir par exemple), nous ne devrions pas nous mĂȘler de ce qui a Ă©tĂ© assignĂ© Ă  un autre. Nous devons rester Ă  notre place en laissant aux autres servants le soin de s’acquitter de ce qui leur a Ă©tĂ© demandĂ©, et attendre tranquillement de recevoir nos propres instructions. 

EntrĂ©e dans le Saint Temple et l’Autel (sans sticharion) 

25. Notre entrĂ©e dans le Saint Temple – et plus encore Ă  l’Autel – doit ĂȘtre empreinte d’un profond respect et de vĂ©nĂ©ration et se faire dans l’ordre, conformĂ©ment au prĂ©cepte de Saint PhilarĂšte de Moscou : « Si entrant dans la maison d’un roi, vous Ă©tiez inquiets et soucieux de ne rien faire qui soit incompatible avec la dignitĂ© du lieu, alors avec quel respect vous devriez entrer dans la maison du Roi CĂ©leste! ».

26. En entrant dans le temple sacrĂ©, notre premier geste devrait ĂȘtre de vĂ©nĂ©rer les principales icĂŽnes de l’Ă©glise. Si nous sommes en pĂ©riode de Grand CarĂȘme, nous faisons trois prosternations immĂ©diatement en entrant dans le Temple, au narthex. L’entrĂ©e dans le Saint Temple doit ĂȘtre prĂ©cĂ©dĂ©e d’un triple signe de Croix avec inclinations, devant la porte Ă  l’extĂ©rieur.

27. AprĂšs avoir vĂ©nĂ©rĂ© les principales icĂŽnes de la nef, ceux qui souhaitent servir doivent entrer dans le Sanctuaire. Avant de passer par l’une des Portes Diaconales, on doit faire le signe de la prĂ©cieuse croix, baiser l’icĂŽne de l’Archange sur la porte mĂȘme, puis entrer. Il convient d’entrer en Ă©tant convenablement vĂȘtu, aprĂšs avoir dĂ©jĂ  enlevĂ© vestes, manteaux, cravates, chapeaux, etc., et avoir laissĂ© quelque part dans la Nef ses effets personnels (serviettes, sacs, etc.), qui ne doivent pas ĂȘtre introduit Ă  l’Autel (Ă  noter que seules des chaussures noires ou marron foncĂ© peuvent ĂȘtre portĂ©es Ă  l’Autel, pas des chaussures de sport ni des baskets).

28. ImmĂ©diatement en entrant dans le Saint Autel, la Sainte Table doit ĂȘtre vĂ©nĂ©rĂ©e – avant mĂȘme de saluer un membre du clergĂ© (y compris un Ă©vĂȘque) ou de prendre une bĂ©nĂ©diction, car c’est le TrĂŽne du Roi sur lequel rĂ©sident toujours le vĂ©ritable Corps et le prĂ©cieux Sang du Seigneur. On le fait sans prosternations les samedis et dimanches, aux Grandes FĂȘtes et Ă  d’autres moments particuliers : nous faisons trois fois le signe de la prĂ©cieuse Croix, face Ă  la Sainte Table, chaque fois en s’inclinant jusqu’à la taille et en touchant le sol de notre main droite. En semaine ou Ă  un autre moment spĂ©cifique, on vĂ©nĂšre la Sainte Table avec trois grandes prosternations. Nous ne devons rien avoir en mains lorsque nous nous prosternons. Nous ne devons en aucun cas toucher la Sainte Table, car nous nous souvenons du caractĂšre sacrĂ© de l’Arche que nul ne pouvait toucher sans mourir, Ă  l’exception de ceux que Dieu avait dĂ©signĂ©s (cf. 1 ParalipomĂšnes 13 :10) [4].

— À chaque inclination ou prosternation, nous nous disons intĂ©rieurement: “O Dieu, purifie-moi pĂ©cheur” ou “Seigneur JĂ©sus-Christ, Fils de Dieu, aie pitiĂ© de moi pĂ©cheur”.

29. AprĂšs la vĂ©nĂ©ration de la Table Sainte, nous allons immĂ©diatement prendre la divine bĂ©nĂ©diction du prĂȘtre dont l’ordination est la plus ancienne prĂ©sent dans le sanctuaire. Nous prenons la bĂ©nĂ©diction uniquement de celui-ci, et non de chaque prĂȘtre prĂ©sent.

— Si certains seulement des prĂȘtres prĂ©sents ont revĂȘtu leurs vĂȘtements sacerdotaux, nous prenons la bĂ©nĂ©diction du plus ancien des prĂȘtres dĂ©jĂ  vĂȘtu de ses ornements liturgiques, mĂȘme s’il est subordonnĂ© Ă  un autre prĂȘtre qui lui n’en est pas revĂȘtu. Si pour quelque raison que ce soit, un prĂȘtre plus jeune a reçu la bĂ©nĂ©diction pour prĂ©sider la liturgie, c’est de lui que nous prenons la bĂ©nĂ©diction indĂ©pendamment de la prĂ©sence d’autres prĂȘtres plus anciens et dĂ©jĂ  vĂȘtus pour la liturgie.

— Si un Ă©vĂȘque est prĂ©sent au Saint-Autel, nous prenons de lui la bĂ©nĂ©diction, qu’il porte ou non ses ornements. Si deux ou plusieurs Ă©vĂȘques sont prĂ©sents dans le sanctuaire, c’est du plus ancien hiĂ©rarque que nous recevons la bĂ©nĂ©diction puis, selon la coutume locale, nous prenons Ă©galement la bĂ©nĂ©diction du ou des autres Ă©vĂȘques. C’est une rĂšgle, que les Ă©vĂȘques soient en habits ou non. Nous ne prenons pas la bĂ©nĂ©diction du ou des prĂȘtres si un Ă©vĂȘque est prĂ©sent, car les prĂȘtres accordent en fait la bĂ©nĂ©diction de l’Ă©vĂȘque par procuration. Si ce dernier est prĂ©sent, il n’y a aucune raison de demander Ă  un autre ce que le Premier Pasteur peut lui-mĂȘme accorder.

— Si un Ă©vĂȘque est prĂ©sent dans l’église, mais pas Ă  l’Autel, nous prenons en entrant la bĂ©nĂ©diction du prĂȘtre se trouvant dans le sanctuaire, puis celle de l’Ă©vĂȘque lorsqu’il y pĂ©nĂštre.

30. Une fois que nous avons reçu la divine bĂ©nĂ©diction ainsi que l’autorisation de servir, nous allons prendre notre sticharion ou vaquer Ă  nos autres tĂąches. 

L’entrĂ©e au Saint Autel (avec un sticharion dĂ©jĂ  en main) 

31. Si nous avons dĂ©jĂ  notre sticharion en main avant d’entrer au Saint Autel, nous suivons la mĂȘme procĂ©dure qu’indiquĂ© ci-dessus, en portant le sticharion dans la main gauche.

— Le sticharion doit ĂȘtre soigneusement pliĂ©, avec la croix visible sur le dessus et l’empiĂšcement (Ă©paules et ouverture pour la tĂȘte et le cou) face Ă  nous, car nous nous prĂ©parons Ă  placer sur nos Ă©paules le joug de Christ et Ă  le porter pour Son service (cf. Matthieu 11 :30). 

32. Nous continuons Ă  tenir le sticharion dans notre main gauche alors que nous nous inclinons trois fois pour vĂ©nĂ©rer la Sainte Table. Si c’est un jour oĂč nous devons faire des prosternations, le sticharion sera confiĂ© Ă  un autre servant ou mis de cĂŽtĂ© afin d’avoir les mains libres pour le faire. Cependant, il n’est pas possible de poser le sticharion sur un tabouret ou un siĂšge, car cela ne convient pas pour des vĂȘtements sacrĂ©s.

33. Une fois que nous avons vĂ©nĂ©rĂ© la Table Sainte, nous approchons du prĂȘtre le plus ancien (comme dĂ©crit plus haut) pour prendre sa bĂ©nĂ©diction. Avec le sticharion pliĂ© sur la main gauche et la main droite posĂ©e dessus, ouverte et paume vers le haut, nous disons: «MaĂźtre, bĂ©nissez le sticharion». AprĂšs cela, le prĂȘtre posera sur la nĂŽtre sa main que nous baisons, ainsi que la croix de notre sticharion.

34. Nous nous retirons ensuite Ă  la sacristie pour revĂȘtir notre sticharion. En effet, on ne met pas ses vĂȘtements au Saint-Autel (car seuls les prĂȘtres peuvent s’y vĂȘtir) [5]. 

EntrĂ©e au Saint Autel en l’absence de prĂȘtre 

35. En l’absence d’un prĂȘtre, on ne peut approcher le Saint Autel que si nous avons reçu au prĂ©alable la bĂ©nĂ©diction pour le faire dans un cas particulier – par exemple, si nous avons reçu la bĂ©nĂ©diction pour venir allumer les lampes avant le dĂ©but d’un Office, ou pour venir faire le mĂ©nage Ă  une heure convenue d’avance. Quel que soit le nombre de fois oĂč nous avons servi dans un Temple donnĂ©, nous ne devons jamais pĂ©nĂ©trer dans le Sanctuaire en l’absence de prĂȘtre, Ă  moins d’avoir reçu une bĂ©nĂ©diction spĂ©ciale pour le faire.

36. Si, ayant reçu une telle bĂ©nĂ©diction, nous entrons au Saint-Autel et qu’aucun prĂȘtre ne s’y trouve, nous suivons exactement la procĂ©dure dĂ©crite plus haut, Ă  cette diffĂ©rence prĂšs que nous ne pourrons prendre la bĂ©nĂ©diction que lorsqu’un prĂȘtre arrivera. Toutes les autres Ă©tapes (vĂ©nĂ©ration des icĂŽnes, de la Sainte Table etc.) restent les mĂȘmes.

37. Une fois que nous avons terminĂ© ce qui nous Ă©tĂ© demandĂ© de faire Ă  l’Autel en l’absence du prĂȘtre, nous sortons pour rejoindre la nef. Nous ne restons pas Ă  l’Autel Ă  ne rien faire. 

Sortie du Sanctuaire

38. Quand notre service est terminĂ© et que le moment est venu de quitter le sanctuaire, nous allons vers le prĂȘtre dont l’ordination est la plus ancienne en tenant nos mains devant nous afin de recevoir sa bĂ©nĂ©diction de nous retirer (en disant simplement : « PĂšre, bĂ©nissez »).

39. Nous ĂŽtons notre sticharion dans la sacristie – pas dans le sanctuaire mĂȘme.

40. Une fois notre sticharion retirĂ© et rangĂ© comme il se doit, nous allons avant de partir vĂ©nĂ©rer la Sainte Table en faisant trois inclinations ou trois prosternations (selon le jour et le moment de l’annĂ©e), puis nous pouvons nous retirer en paix. 

ManiĂšre de vivre et conduite d’un servant d’Autel 

41. Ceux qui servent au Saint Autel sont censĂ©s ĂȘtre prĂ©sents aux Offices divins, qu’ils servent ou non. De mĂȘme que les prĂȘtres sont tenus par la loi de l’Église « de servir la Divine Liturgie tous les dimanches et jours de fĂȘte» [6], les servants doivent assister aux offices chaque dimanche et jour de fĂȘte, sauf s’ils sont absents pour une raison susceptible d’ĂȘtre bĂ©nie. De cette maniĂšre, nos cƓurs et nos esprits sont façonnĂ©s par les ministĂšres divins de la Liturgie, nous rendant plus forts dans notre service Ă  l’Eglise et dans nos vies en gĂ©nĂ©ral. Pour leur part, les fidĂšles verront ainsi que les servants Ă  la Sainte Table de Dieu Lui vouent une totale dĂ©votion mĂȘme dans les moments oĂč ils ne servent pas. C’est de cette maniĂšre que, par notre vie, le Corps du Christ est Ă©difiĂ©.

42. Depuis l’Ă©poque des Saints ApĂŽtres, la tradition de l’Église, a toujours liĂ© le service Ă  un lieu donnĂ© – en ce qui nous concerne, il s’agira de notre paroisse. De mĂȘme que pour les ordres Ă  partir du premier degrĂ© de tonsure – en l’occurrence, le lectorat – on reçoit la bĂ©nĂ©diction de servir, non pas en gĂ©nĂ©ral, mais dans une Ă©glise en particulier [7]. Le servant est donc censĂ© pratiquer, prier et servir dans sa paroisse de rĂ©sidence, sauf Ă  avoir reçu la bĂ©nĂ©diction pour aller ailleurs. Nous ne sommes pas censĂ©s nous promener dans diffĂ©rentes paroisses en fonction de l’humeur du moment, mais nous devons assister Ă  tous les offices de notre paroisse, Ă  moins que notre prĂȘtre ou notre Ă©vĂȘque n’ait donnĂ© la bĂ©nĂ©diction d’aller  servir ailleurs ou d’aller dans une autre Ă©glise pour une raison donnĂ©e.

— Dans le mĂȘme esprit, nous ne devons pas oublier qu’à travers le ministĂšre des prĂȘtres, c’est Dieu que nous servons – nous ne sommes pas au service de telle ou telle personne et notre service n’est pas liĂ© Ă  une personne particuliĂšre. Si le prĂȘtre desservant habituellement notre paroisse est envoyĂ© Ă  un autre endroit par son Ă©vĂȘque et qu’un autre est dĂ©signĂ© pour le remplacer pour un office, un week-end ou une saison entiĂšre, nous n‘avons pas le droit de « sĂ©cher » les offices ou d’aller ailleurs au prĂ©texte que «notre prĂȘtre» est absent. Agir ainsi reviendrait Ă  rabaisser notre vocation Ă  servir et serait un scandale pour les fidĂšles, voyant un homme plus attachĂ© aux relations mondaines qu’au service du Dieu vivant. 

43. Bien que notre service Ă  la Sainte Table prenne formellement fin lorsque nous quittons l’Autel, il n’en reste pas moins que tout servant demeure en tout temps porteur de cette vocation Ă  servir. Les servants doivent donc mener une vie droite et, en accord avec les canons, coutumes et commandements de l’Église, se confesser rĂ©guliĂšrement auprĂšs de leur pĂšre spirituel et lutter avec foi et amour pour mener une vie vertueuse. 

Servir dans la plénitude de la joie

44. En premier lieu, souvenons-nous toujours que servir dans la maison de notre PĂšre est d’abord un don divin, qui devrait susciter dans notre cƓur la plus grande joie. Si Dieu tenait compte de nos pĂ©chĂ©s, qui pourrait subsister – non seulement dans les lieux saints, mais simplement sur terre? Pourtant, par Sa misĂ©ricorde et Son amour, nous sommes ressuscitĂ©s de notre pĂ©chĂ© et malgrĂ© notre indignitĂ©, nous sommes placĂ©s dans son saint Temple, oĂč nous pouvons dire avec le psalmiste: « Je me laverai les mains parmi les innocents, Et je me ferai le tour de Ton Autel Ô Seigneur, Afin d’entendre le son de la louange et de raconter toutes Tes merveilles, Seigneur, j’ai aimĂ© la beautĂ© de Ta demeure, et le lieu oĂč rĂ©side Ta gloire » (Psaume 25.6-8). Que nos cƓurs soient remplis d’amour, alors! Crions avec le mĂȘme psaume: « Seigneur, j’ai aimĂ© la beautĂ© de Ta maison et le lieu oĂč habite Ta gloire » (ibid.).

45. Que Dieu rĂ©compense votre service, et que Son Eglise se rĂ©jouisse dans vos travaux, et que nos cƓurs soient exaltĂ©s par vos priĂšres!

Notes

* NOTE D’INTRODUCTION: Ce texte a Ă©tĂ© Ă©crit en 2010 par l’Archimandrite IrĂ©nĂ©e. Conçu Ă  l’origine comme une rĂ©flexion spirituelle sur la nature du service Ă  l’Autel des servants de la paroisse de l’orphelinat St Tikhon (ancienne chapelle de l’orphelinat et maison de St Jean le Thaumaturge), il a Ă©tĂ© revu en 2011 en vue d’un usage plus large, puis publiĂ© sur Monachos.net, avant d’ĂȘtre adoptĂ© pour des cours donnĂ©es dans divers sĂ©minaires. [Retour au texte]

NOTE 1: Sur la révélation divine du vrai culte. Voir Exode 12-13, 25-3 ; Apocalypse 4-5; etc. [Retour au texte]

NOTE 2: Pour les Saintes Écritures et les PĂšres, il est clair que le culte que nous avons Ă©tĂ© invitĂ©s Ă  offrir prend son origine dans le ciel et manifeste dans le monde le culte cĂ©leste du Seigneur. Voir Ă  nouveau Exode 12-13, 25-31 et Apocalypse 4-5, ainsi que Daniel 7, etc. [Retour au texte]

NOTE 3: Une exception Ă  cette rĂšgle peut ĂȘtre faite si le prĂȘtre bĂ©nit les servants pour qu’ils chantent Ă  certains moments – ce qui arrive parfois, par exemple, au kondakion aprĂšs le «et maintenant » avant le Trisagion dans la Divine Liturgie; ou au chant « Le Christ est ressuscité  » Ă  PĂąques. [Retour au texte]

NOTE 4: De mĂȘme, les servants ne doivent jamais toucher la Table d’Oblation (proscomĂ©die), celle-ci Ă©tant Ă©galement une table spĂ©cialement bĂ©nie et rĂ©servĂ©e Ă  l’usage du clergĂ©. Seuls les sous-diacres, les diacres, les prĂȘtres et les Ă©vĂȘques peuvent toucher la table d’oblation ou les objets placĂ©s dessus. Il arrive toutefois qu’un prĂȘtre demande Ă  un servant de le faire s’il n’y a pas suffisamment de membres du clergĂ© d’un rang supĂ©rieur pour accomplir les tĂąches requises (par exemple, prĂ©parer la zapivka pour l’Ă©vĂȘque), mais il s’agit d’une bĂ©nĂ©diction donnĂ©e dans un cas particulier et qui ne saurait former une «rĂšgle» gĂ©nĂ©rale permettant aux servants de toucher la table d’oblation. En-dehors du diacre et du prĂȘtre, personne ne doit toucher les vases sacrĂ©s qui se trouvent sur cette table (le calice, le disque, les cuillĂšres, les lances, etc.). [Retour au texte]

NOTE 5: En rĂ©alitĂ©, le sanctuaire n’est pour personne le lieu indiquĂ© pour s’y vĂȘtir, car cela doit ĂȘtre fait dans la sacristie (sauf pour l’évĂȘque, qui est revĂȘtu de ses ornements au centre de l’église). Cependant, il est courant (en particulier dans les paroisses plus petites, qui ne disposent pas de sacristie distincte), le clergĂ© est habillĂ© Ă  l’autel, au nord ou au sud de la Sainte Table – et si une Ă©glise paroissiale a Ă©tĂ© conçue de telle sorte qu’il n’y a ni sacristie ni piĂšce latĂ©rale, mĂȘme les servants peuvent mettre leur sticharion Ă  l’Autel. Mais lorsque l’on peut Ă©viter cela, nous devrions toujours privilĂ©gier la coutume la plus digne en s’habillant hors du sanctuaire lui-mĂȘme. [Retour au texte]

NOTE 6: C’est-Ă -dire selon les rĂšgles de l’Église Orthodoxe Russe Ă  l’Étranger (РуĐșĐŸĐČĐŸĐŽŃŃ‚ĐČĐ”ĐœĐœŃ‹Đ” праĐČОла ĐŽĐ»Ń ĐĄĐČŃŃ‰Đ”ĐœĐœĐŸŃĐ»ŃƒĐ¶ĐžŃ‚Đ”Đ»Đ”Đč, 1956 ĐłĐŸĐŽĐ°, Пар. 17). [Retour au texte]

NOTE 7: Voir le rite de tonsure d’un lecteur, pendant lequel l’Ă©vĂȘque prononce la bĂ©nĂ©diction suivante: «BĂ©ni soit le Seigneur! Le serviteur de Dieu N. est devenu lecteur de la trĂšs sainte Église de
 (nom et lieu)». [Retour au texte]

RESSOURCES
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Manuel de Pratique liturgique

PrĂ©sentation dĂ©taillĂ©e et sous forme de questions-rĂ©ponses des pratiques liturgiques particuliĂšres qui ont Ă©tĂ© conservĂ©es dans l’Église russe Ă  l’Ă©tranger.

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